Journal de Gilbert McAlister
Je ne me souviens presque plus de la semaine passée. C'est comme si mon esprit s'était perdu dans un brouillard sans fin. Je me souviens par contre parfaitement de ce jour où nous devions traverser la rivière Bear. Nous venions de dépasser le Chimney Rock, dans le Nebraska. C'est une colonne rocheuse qui se dresse au-dessus de la plaine, un repère qu'on nous avait indiqué et qui signifie que nous sommes à mi-parcours de notre long voyage ! Nous venions juste de trouver un endroit où traverser la rivière et Mr Wiles avait fait le tour des chariots pour les délester des charges inutiles...
Il avait terminé son inspection par le chariot de Mme la baronne et bien sûr, il avait découvert son piano ainsi que deux malles remplis de tenues luxueuses et de livres... Rien qui nous fût utile dans ces contrées sauvages et impitoyables !Il avait aussitôt exigé qu'elle laisse sur place son piano et sa malle de livres mais Mme la baronne avait refusé en arguant que son piano était comme une partie d'elle-même et qu'elle ne pourrait survivre sans !
A force de cajoleries, elle avait réussi à le convaincre de ne se séparer que de sa malle pleine de livres...
En arrivant près du gué, Mr Wiles fut surpris de trouver la rivière si haute mais des traces d'anciennes ornières indiquaient que des chariots avaient déjà traversé ici. Puis il ordonna à tout le monde de dérouler entièrement la bâche des chariots pour ne laisser qu'une ouverture minuscule.
— On y va ! cria-t-il à l'intention de tous. Les chevaux devront peut-être nager au milieu mais nous y arriverons !
Quand le premier chariot s'engagea dans la rivière, l'eau se mit à tourbillonner autour des roues. Arrivé à mi-chemin, le Doc passa les rênes à Miss Montaya et descendit pour aider les chevaux.
Puis ce fut au tour du chariot de Mme la baronne de s'engager, mais la lourde charge qu'il transportait ralentissait le passage, soumettant les chevaux à de gros efforts et Mr Wiles fut obligé de venir l'aider.
Ce fut enfin notre tour. A notre grande surprise, l'eau se mit à monter très vite au milieu du gué et mon frère plongea pour guider les chevaux affolés. Le chariot était fortement balloté et secoué. Je voyais devant moi la tête de nos deux chevaux et celle à peine visible toute et mouillée d'Horace. Je tentais de ne pas paniquer et de guider le chariot de mon mieux. L'eau se ruait impitoyablement à notre encontre, menaçante. Puis, je vis Horace emporté par les flots, sa tête émergeant de temps à autre, avant de disparaître définitivement. Je hurlais sans discontinuer mais Mr Wiles était trop occupé avec le chariot surchargé de l'aristo.
Mr Davis, qui avait réussi à passer de l'autre côté, remonta puis suivit la berge vers l'aval pour rechercher mon frère. Quand je pus à mon tour me mettre en quête d'Horace, ce fut pour tomber plusieurs miles plus loin sur son corps sans vie que Mr Davis avait réussi à draguer vers le rivage.
J'étais dévasté par la douleur. C'était arrivé si vite. La veille, il était encore plein de vie et de projets ! Et maintenant...
Nous l'avons enterré non loin de là.
J'allais devoir reprendre la route sans lui., alors que j'avais seulement envie de m'étendre là, au-dessus de lui sur la terre meuble et d'attendre je-ne-sais-quoi...
Je me suis contenté de ces pauvres mots :
— Adieu, mon frère ! Je te retrouverai un jour...
Et tout fut fini...
EN COULISSES :
Alors là, si je m'étais attendu à ça de la part d'Avery !?!
Malheureusement, Horace n'a même pas pu faire crac-crac avant de mourir car le seul lit était déjà utilisé par Saartje et Wayne... C'est ballot ! 😅




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